La restauration du son a permis de découvrir à nouveau tout l’éventail sonore et les accents rythmiques des Vacances de Monsieur Hulot. Au début de l’année 1953, Jacques Tati commence le montage sonore du film et les effets sont déjà caractéristiques de l’univers pittoresque qu’il développe dans Les Vacances de Monsieur Hulot. Les sons des ambiances sont plus présents que les dialogues et parfois beaucoup plus audibles. C’est le cas du son atypique de la voiture de Hulot, véritable invention qui vient contrebalancer la discrétion de son chauffeur. Dans la description que le réalisateur donne des effets de la voiture, on lit par exemple « éloignement avec pétarades sans utilisation précise », ce qui signale le rôle perturbateur du véhicule.
Lorsque Tati remonte son film au début des années 60, il refait le mixage sonore en supprimant certains dialogues et, inspiré du thème écrit par Alain Romans, il signe un nouvel accompagnement orchestral plus rythmé et plus moderne que la musique intimiste originale. Dans le studio Polydor de la rue des Dames, c’est Alain Romans lui-même qui joue au piano, suivi de quelques uns des meilleurs musiciens de jazz de la capitale. La trompette bouchée et les cordes de la première version font place au swing d’une guitare électrique ¾ de caisse, de saxophones et d’un vibraphone. A cette occasion, le thème très pop du clarinettiste de jazz Maxime Saury « Mon Oncle et moi », enregistré deux ans plus tôt dans Mon Oncle se substitue à la musique d’origine qui illustrait les scènes de Hulot à l’hôtel écoutant le phonographe. Interrogé par le journal Le Monde en 1962, Tati déclare : « J’ai donc refait le son - la qualité d’enregistrement s’est beaucoup améliorée depuis – et j’ai donné au film un mouvement plus accéléré. En 1952, on dansait des slows, les vacances s’accordaient au rythme des trompettes bouchées, aujourd’hui on passe du cha-cha-cha au twist, on attend moins, on est pressé. »
Le son des Vacances de Monsieur Hulot est tout autant animé et coloré que les multiples personnages qui composent le film : un petit air lancinant de phonographe pour les cœurs solitaires, le brouhaha polyglotte d’un déjeuner au restaurant, une partie de carte relevée d’un écho radiophonique, une partie de tennis rythmée par le chant des oiseaux, un feu d’artifice sous des airs de jazz… C’est cet éclectisme sonore enregistré sur une bande monophonique qu’il s’agissait de retrouver.
La restauration de la bande son s’est appuyée sur le négatif son portant le dernier mixage du film (celui de la version de 1978). L.E. Diapason, laboratoire spécialisé en restauration du son a entrepris ce travail en supprimant les défauts sonores manuellement tels que les « plops » issus des nombreuses collures du film. La balance sonore du film s’est basée non pas sur les voix (qui généralement servent de repère) mais sur la musique, car bien souvent dans Les Vacances de Monsieur Hulot, les voix sont au même niveau que les ambiances. Sur quelques scènes silencieuses, il a été particulièrement important de conserver un léger souffle, pour maintenir tout au long du film de la matière sonore. Tout en respectant les bribes de conversation volontairement incompréhensibles, le film a véritablement gagné en intelligibilité.
© Texte de Loubna Régragui (Fondation Technicolor), Hervé Pichard (Cinémathèque française), avril 2009
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