Restaurer un film est un acte singulier, qui consiste à redonner vie à une oeuvre majeure ou mineure, connue ou oubliée, sans pour autant trahir la volonté de l’auteur, bien souvent déjà disparu. L’exercice est difficile et passionnant, et il est avant tout une leçon d’humilité. Il impose de s’immiscer avec délicatesse dans la vie et le travail de l’auteur, pour tenter de saisir ses intentions et ses doutes, ses difficultés et ses satisfactions. Feuilleter ses carnets de tournage, ses notes, ses courriers, ses photos…
Tout un chemin pour comprendre le film, avant et pendant la restauration, bien identifier le montage original, réapprendre la lumière ou le grain de l’époque, redécouvrir le son, ou encore mettre le doigt sur certaines imperfections.
Avec la combinaison de travaux photochimiques et numériques, tout cela devient possible… à condition de savoir s’arrêter à temps, pour ne pas dénaturer l’œuvre originale. Et toujours penser à deux vitesses : restaurer pour montrer le film au plus grand nombre, et préserver les éléments originaux pour leur assurer une conservation optimale dans un lieu adapté. Parce que ces originaux sont les seuls garants de la pérennité de l’œuvre, au-delà des futurs progrès du numérique.
C’est pour toutes ces raisons qu’une restauration est nécessairement le fruit d’un travail collectif, qui permet de mettre en route un projet colossal tout en assumant les doutes et les interrogations, qui font aussi toute la saveur de cette expérience. La version restaurée des Vacances de Monsieur Hulot est le résultat d’une rencontre formidable entre deux fondations agissant dans le domaine du patrimoine, les ayants-droit de Jacques Tati et une Cinémathèque. Toute une aventure qui a permis d’entrer dans l’univers de Jacques Tati, dans le but de redonner vie aux images abîmées par le temps. Ce travail n’a pas empêché une immense et irrépressible gaîté. Bien au contraire.
Séverine Wemaere, Déléguée générale de la Fondation Technicolor.